07 novembre 2008

Henry Bauchan et son périphe

Je lis en ce moment le Boulevard Périphérique, qui a eu un prix, Livre Inter je crois. Ce livre ne me plaisait pas , il comportait trop d'histoires mêlées, d'époques, on ne trouvait pas le fil, à chaque fois que je le reprenais il me fallait faire un effort terrible pour me rappeler de ce qui précédait, effort d'ailleurs que je ne faisais plus. Jusqu'à ce que je commence à être accrochée, un peu plus loin que la moitié : j'ai enfin trouvé un fil, je suis bien tout ce qui est dit et même je suis impatiente de poursuivre.
Et, comble de bonheur, je tombe sur cette phrase, qui dit EXACTEMENT ce que je ressens depuis longtemps, mais qui me paraissait une tare, un refus de grandir, de vieillir. Ben non, on est au moins deux, ce doit être banal.
Je dois passer prendre un vêtement commandé, le vendeur qui est jeune et beau fait maintenant partie de ceux qui m'ont appris que j'avais changé, que je vieillissais. Ce sont les autres qui m'ont appris cela. Comme ils m'ont fait savoir que je n'étais plus un enfant, plus un jeune homme. Toujours que je n'étais plus, que je ne suis plus ce que j'ai été. Implacables les autres pour vous faire constater que tout change et vous apprendre à mourir. Sans les autres, est-ce que l'on ne mourrait pas ?
C'est pas gai pour autant, mais c'est un vrai plaisir de trouver quelqu'un qui dit bien ce qu'on ressent vaguement.

05 octobre 2008

Dans les veines ...

La première phrase du livre :
Il avait toujours confondu le silence avec le froid.

Plus loin, lors de la visite de Primo à un de ses anciens professeurs :
« Excuse-moi pour le désordre, poursuivit-il en montrant à Primo les livres posés partout, sur les chaises, sur la table, les radiateurs, le carrelage de ciment gris brillant. Ce n’est pas un problème de place, c’est seulement que j’ai abandonné. Je n’ai plus assez de force d’âme pour avoir la cruauté de les mettre sur l’étagère d’une bibliothèque.
Vois-tu, dit-il en chassant la poussière du dos d’un volume relié de cuir rouge, petit déjà, lorsque je restais éveillé toute la nuit à lire un livre, je ne supportais pas l’idée que les hommes et les femmes que je venais de voir doivent finir serrés et immobiles dans une bibliothèque. Je revois encore la sérénité de ces deux vieillards qui avaient cédé à l’amour après une longue vie d’attente. C’est là que ce désordre a commencé. Arrivé au dernier mot du livre, je n’ai pas supporté l’idée qu’après s’être attendus aussi longtemps, Fermina et Florentino soient contraints de goûter le court bonheur si désiré qu’il leur restait à vivre écrasés entre les livres d’une étagère exiguë. Alors, je les ai laissés libres de s’aimer dans tous les lieux de la maison où leur livre s’est déplacé au cours des années. »
Il se leva pour aller prendre un petit volume posé sur une pile d’assiettes creuses. « L’erreur, c’est de croire qu’un livre est un objet inanimé comme un vase ou une cuiller. » Il essuya la couverture avec un mouchoir qu’il tira de sa poche et le posa avec délicatesse sur un verre avec un fon de vin.


Encore une phrase :
Vues de loin, les maisons semblaient épuisées.

DANS LES VEINES CE FLEUVE D’ARGENT de Dario FRANCESCHINI, traduit de l’italien par Chantal Moiroud (L’arpenteur).

A déguster tout doucement, et surtout à ne pas replacer sur les étagères de votre bibliothèque.

22 janvier 2008

Enzo Cormann

Deux livres d'Enzo Cormann lus ces temps-ci : Surfaces Sensibles et Le Testament de Vénus.
Le premier est le deuxième dans le temps, je l'ai aimé pour ses personnages de femmes toutes très complexes, fines, aux vies difficiles. Les hommes y sont plutôt secondaires, pas toujours sympathiques finalement. Lori Kemp, la photographe, raconte l'histoire, et les deux autres, Babeth, et la fille de Lori, interviennent aussi. Beaucoup d'idées sur la photographie, l'auteur réussit à nous laisser penser que les photos dont il est question dans ce roman ont été prises.
Le deuxième a été écrit avant l'autre, et Babeth fait un passage. Là encore il est question d'art, cette fois-ci de ce qu'on appelle l'art brut. Le personnage principal, qui écrit ici son testament, c'est-à-dire sa vie, se décrète Artiste Général et fabrique dans tous les matériaux possibles des oeuvres qui illustrent ses idées, ou des épisodes de sa vie. Il a fait des séjours en psychiatrie, (en prison aussi) est-ce la condition nécessaire pour être artiste ?
Là où l'auteur nous souffle, c'est que l'art brut semble présent dans l'écriture même du testament, c'est-à-dire dans ce qui est censé être le mode d'écriture de Vénus, le personnage : la phrase n'est pas facile à lire, elle semble un collage de matériaux, la langue de notaire ajoutée à une langue un peu enfantine, ou langue d'autodicacte. On se perd dans la syntaxe, on y perd sa logique, comme face à des objets d'art brut, quand il faut oublier ce que l'on sait, et se laisser faire.

12 janvier 2008

Jardin d'amour

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Je viens de refermer Garden of Love de Marcus Malte.
J’en suis encore imprégnée, pas possible de passer à autre chose.
Il faut le lire, je ne dirai pas pourquoi, ce serait trahir.
On y trouve :
De l’amour
Des gens monstrueux
Une intrigue policière
Des gens touchants
Des gens normaux
Des pervers
Une construction machiavélique
La mer, sans cesse
Des enfants
Un reclus
Un flic alcoolique
Des drames
Du bonheur
De l’horreur
De belles femmes
Des femmes belles
De la musique

Et on y trouve l’envie de lire lire lire.

11 novembre 2006

Lectures et relectures

Les fabuleuses aventures d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire, de Vika Swarup. Un indien pauvre n'a pas le droit ni la possibilité de gagner plein d'argent à un jeu. Et pourtant il explique comment il a fait. Bien bien bien.
Le jour de congé, d'Inès Cagnati : déjà lu, ainsi que d'autres. Ce sont pour moi des classiques. Vie de misère, violence, pauvreté, et puis le lycée, l'autre monde, le vélo... Ce roman est extraordinaire. Relire Génie la folle.
Herbes amères à Belle-Isle-en-Terre : policier breton, juste parce que j'aime Belle Isle en Terre;
Eloge du gaucher de JP Dubois : relu parce que je suis gauchère et que je ne me souvenais plus depuis 1986. Beaucoup de rérérences sur la main gauche. Mais il souligne trop la honte d'être gaucher, moi j'en suis fière (oui, c'est con) et je n'en ai jamais eu honte.
Les âmes grises, de PH Claudel : belle langue régionale, un peu désuète. Petite fille trouvée morte. Le narrateur est un homme qu'on voudrait consoler.
Impuretés de Ph Djian : glauque, le contraire du précédent. Milieu riche, sexe, drogue et ennui. Une fille se noie dans le lac, des jeunes vivent tant bien que mal. Très bien écrit, on plonge là-dedans avec une grimace ; très US comme d'hab.
Pourquoi j'ai construit une maison carrée, de Jean Guillaume. Un peu comme Pourquoi j'ai mangé mon père, en moins bien. Bases scientifiques très fournies, roman peu réussi.
Vous plaisantez Monsieur TAnner, de JP Dubois : livre pour l'été, drôle, se lit en trois heures.
3 Fred Vargas : bien bien bien, mais je m'y perds parfois, pas habituée aux policiers
Vous aurez de mes nouvelles, de JP Dubois : encore de lui. Ce sont des nouvelles, on meurt souvent ou on en a envie. J'aime bien bien bien, mais je lis trop vite.