05 octobre 2008

Dans les veines ...

La première phrase du livre :
Il avait toujours confondu le silence avec le froid.

Plus loin, lors de la visite de Primo à un de ses anciens professeurs :
« Excuse-moi pour le désordre, poursuivit-il en montrant à Primo les livres posés partout, sur les chaises, sur la table, les radiateurs, le carrelage de ciment gris brillant. Ce n’est pas un problème de place, c’est seulement que j’ai abandonné. Je n’ai plus assez de force d’âme pour avoir la cruauté de les mettre sur l’étagère d’une bibliothèque.
Vois-tu, dit-il en chassant la poussière du dos d’un volume relié de cuir rouge, petit déjà, lorsque je restais éveillé toute la nuit à lire un livre, je ne supportais pas l’idée que les hommes et les femmes que je venais de voir doivent finir serrés et immobiles dans une bibliothèque. Je revois encore la sérénité de ces deux vieillards qui avaient cédé à l’amour après une longue vie d’attente. C’est là que ce désordre a commencé. Arrivé au dernier mot du livre, je n’ai pas supporté l’idée qu’après s’être attendus aussi longtemps, Fermina et Florentino soient contraints de goûter le court bonheur si désiré qu’il leur restait à vivre écrasés entre les livres d’une étagère exiguë. Alors, je les ai laissés libres de s’aimer dans tous les lieux de la maison où leur livre s’est déplacé au cours des années. »
Il se leva pour aller prendre un petit volume posé sur une pile d’assiettes creuses. « L’erreur, c’est de croire qu’un livre est un objet inanimé comme un vase ou une cuiller. » Il essuya la couverture avec un mouchoir qu’il tira de sa poche et le posa avec délicatesse sur un verre avec un fon de vin.


Encore une phrase :
Vues de loin, les maisons semblaient épuisées.

DANS LES VEINES CE FLEUVE D’ARGENT de Dario FRANCESCHINI, traduit de l’italien par Chantal Moiroud (L’arpenteur).

A déguster tout doucement, et surtout à ne pas replacer sur les étagères de votre bibliothèque.