« La vie | Page d'accueil | Création du monde »
10 juin 2008
Méthode d'apprentissage de la lecture
Le livre était gondolé –les larmes de ceux qui l’avaient précédée ?– et y poser des pois cassés sur la voyelle ou la consonne indiquée par la maîtresse était une tâche minutieuse. Le but de l’exercice en était sublimé, non pas trouver tous les o ou les r de la page, mais faire tenir le pois cassé là où elle l’avait posé : appuyer un peu sur le pois pour creuser le papier, ne plus bouger la table, ne plus respirer, lever le doigt pour appeler la maîtresse sans déranger l’équilibre des petites bosses vertes. Ses félicitations la rassuraient : elle était une très bonne caleuse de petits pois, une des meilleures de la classe.
Grâce à ce don, elle a sauté le CP. Elle a alors refermé la boîte de pois cassés et elle a vu qu’elle savait lire.
18:19 Publié dans souvenirs | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note
Commentaires
Il doit y avoir bien longtemps, car on ne trouve plus beaucoup de pois cassés dans les cuisines des mamans d'aujourd'hui....
Ecrit par : zerbinette | 12 juin 2008
Quoi ! Zerbi, vous n'avez pas de pois cassés dans votre cuisine ? Eh bien moi si, sans doute en souvenir ...
Ecrit par : clairon | 12 juin 2008
Ah ! de la saucisse (pas grasse), des pois cassés, avec quelques croûtons légèrement frottés d'ail...
Zerbinette, c'est un crime de lèse-palais que de délaisser cela.
Joli texte, Clairon...
Ecrit par : papet croûton | 14 juin 2008
Papet, j'ai enfin compris votre "croûton". Vive les pois !
Ecrit par : clairon | 14 juin 2008
Joli texte, j'abonde.
Ecrit par : Jacotte | 15 juin 2008
Clairon, vous m'avez fait venir les larmes aux yeux...
"Saudade do paîs", comme on dit au Brésil, en voulant parler de nostalgie, de mal du pays, etc.
Tout petit — je veux dire avant mes dix ans — j'ai vécu au Brésil, mon père étant un ingénieur employé par la cimenterie française choisie pour la construction de Brasilia.
A l'époque ( jusqu'en 1964, avènement de la dictature militaire * et retour précipité en France), j'ai dû fréquenter l'école primaire brésilienne puisqu'aucune institution française n'existait à Belo Horizonte, où nous habitions, et que la scolarité était obligatoire. [ A Rio ou Sao Paolo, l'Alliance Française commençait à peine à exister. C'est finalement à Rio que j'ai passé mon "certificat de fin d'études" en 1964 , indispensable pour être admis en classe de sixième au lycée Périer de Marseille (dans le bureau du consul de France ! Une dictée, une rédaction, du calcul, de l'histoire - et - géo : un seul élève, une seule journée d'examen, et surveillé par le consul de France, papa et maman : qui dit mieux?)]
C'est donc — nous y voilà — dans le collège Isabela Hendrix de Belo Horizonte que j'ai utilisé des haricots secs, des " feijãos" ** pour marquer sur mon livre de lecture ( une histoire d' ours mal aimé genre notre Caliméro, "tout ça est trop injuste") les lettres à distinguer, à identifier, à apprendre.
La méthode serait - elle donc universelle?
Précisions supplémentaires:
1/ mes parents nous faisaient "suivre" aussi par correspondance les cours Hattemer. Ma sœur et moi avons bénéficié ( et pas subi) de deux sources d'enseignement! Et mon amour de la langue française, de l'orthographe, des mots vient sans aucun doute de là.
2/ les cimenteries L... ont fait venir en 1961 au Brésil un enseignant ( français, latin et grec) qui fut chargé de créer une école privée pour les enfants français de ses employés. Monsieur B. — paix à son âme — a réussi au- delà de tous les espoirs. Des allemands et des italiens, ainsi que des brésiliens, tous associés dans l'aventure de Brasilia, ont inscrit leurs enfants , si bien que, malgré la dictature militaire et les nationalisations qui ont suivi, cette école privée française a duré jusqu'à sa reconnaissance comme enseignement privé légal.
*
http://fr.wikipedia.org/wiki/Coup_d%27%C3%89tat_militaire_de_1964_au_Br%C3%A9sil
**
oui, " feijãos" , à la base de la célèbre feijoada. Étymologiquement à rapprocher de nos fayots.
Ecrit par : leveto | 15 juin 2008
Quelle magnifique début dans la vie (scolaire), leveto ! Le Brésil et tout ce qu'est la vie là-bas ; Brasilia en construction ; les nationalités ; l'enseignement polyglotte ; le bureau du consul soi-même pour l'examen ; des parents attentifs ; l'aventure ... Quel homme vous devez être avec cette assise.
J'aime le Brésil qui m'a donné ma fille, même si je n'y suis allée que deux fois. J'aurais aimé aller y vivre un peu plus pour de vrai. Y êtes-vous retourné ?
Ecrit par : clairon | 15 juin 2008
Oui, Clairon, j'y suis retourné, la dernière fois en 2003.
Ayant gagné le premier d' un concours d'un vépéciste roubaisien bien connu, j'ai passé quinze jours de rêve à Rio!
Je vous la fais Harlequin, préparez les kleenex:
A cette époque, divorcé depuis dix ans, je vivais seul.
Mon ex, que je n'avais jamais perdue de vue et avec laquelle j'entretenais toujours des relations amicales — entre gens de bonne compagnie, comme on dit— venait de se séparer de son compagnon et se sentait un peu déprimée. Le voyage gagné étant pour deux personnes, j'ai décidé de l'inviter, en tout bien tout honneur naturellement. L'invitation fut acceptée.
Je vous passe les réactions des amis et familles respectives à l'annonce de ce voyage...
Nous passâmes quinze jours absolument parfaits. J'ai retrouvé le Brésil et les brésiliens aussi beaux que dans mes souvenirs. C'est vraiment un merveilleux pays.
Mon ex, qui ne le connaissait pas, en est revenue amoureuse ...
Nous venons d'acheter, le mois dernier, notre maison commune où nous emménageons début juillet . Nos grands fils sont ravis. Moi aussi.
P.S. Vous avez une fille brésilienne ? J'ai un petit frère franco - brésilien, né en 1963 à Belo Horizonte ... Le monde est décidément très petit!
Ecrit par : leveto | 15 juin 2008
"Mon ex, qui ne le connaissait pas, en est revenue amoureuse ..."
... de vous et du Brésil, c'était un lot ?
Belle histoire ma foi. Ecrivez-la, mais pas pour Harlequin.
Ma fille n'est brésilienne que pour le Brésil, elle est née là-bas et je l'ai adoptée. Ici elle est française, mais elle ne peut cacher longtemps ses origines aux yeux des populations éblouies devant sa beauté...
Ecrit par : clairon | 15 juin 2008
Jacotte, vous abondez ? C'est l'abondance !
Ecrit par : clairon | 15 juin 2008
Mes excuses, Clairon, ce n'est pas à vous que je m'adresse
@Leveto :
Vous savez que vous pouvez être très émouvant, vous aussi ?
Ecrit par : papet croûton | 16 juin 2008
Bien sûr Clairon, j'ai des pois cassés chez moi, mais c'est parce que je suis une grand mère ! Je doute fort que mes filles en aient. (et les miens sont là depuis au moins .... 15 ans ?) non, non pas depuis que j'ai appris à lire ! D'ailleurs je ne me souviens même pas avoir appris à lire....
Ecrit par : zerbinette | 20 juin 2008
Vous êtes une grand mère ? Quelle chance. Et quelle chance ont vos petits-enfants d'avoir une grand'zerbi pleine d'esprit.
Mais vous pouvez manger vos pois cassés, vous savez qu'il faut des protéine une fois par jour, et les féculents en apportent.
Ecrit par : clairon | 21 juin 2008
Et l'association légumes secs et riz fournit les protéines nécessaires à bien des pays du tiers-monde. Pois cassés et lentilles (dal en Inde) haricots rouges secs. Ce qui implique de les faire tremper.
J'ai lu sur LSP l'histoire de votre fils né/natif au Sri Lanka et de votre fille brésilienne ; n'ai rien répondu parce qu'il y aurait trop à dire et ce sujet est trop sensible pour être exposé ici. Cela m'a touchée et impressionnée. Que vous soyiez passée à l'acte.
Ecrit par : michèle | 22 juin 2008
Passer à l'acte n'est pas ce que je dirais. L'adoption est effectivement un sujet sensible, avant tout pour les adoptés. En ce qui me concerne, j'ai avant tout cherché à me faire plaisir ; ce n'est ni un acte humanitaire ni un acte militant.
Ecrit par : clairon | 22 juin 2008
Bonjour
L'adoption ni acte humanitaire, ni militant : d'accord, bravo !
Sans l'adoption nous serions une famille incomplète !
Trois merveilleux petits enfants adoptés par ma fille et son mari !
Les liens du sang ? foutaise...
Les liens du coeur : les seuls authentiques.
A lire : L'espèce fabulatrice de Nancy Huston !
Ecrit par : Françoise | 26 juillet 2008
Merci Françoise, ça fait chaud au coeur de voir des grands-parents adoptifs si contents, ce n'est pas toujours le cas ...
Je n'ai pas lu ce livre mais je vais m'en occuper.
Ecrit par : clairon | 26 juillet 2008
Merci de répondre... il ne sont pas légion ici ceux qui en prenne la peine.
Le livre de Huston n'est pas sur l'adoption, mais elle en parle très bien !
Je viens d'écrire une note sur ma petite fille aînée.
Mon blog le grand deblocage
Ecrit par : Françoise | 26 juillet 2008
