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08 novembre 2007
Egoïste, l'adoption.
« L’adoption n’est pas une action humanitaire »
Cette phrase est extraite d’un article paru sous la plume de Mohamed Al-Haddad, dans le journal Al-Hayat de Londres, en rapport avec l’affaire de l’Arche de Zoé.
C’est une phrase que j’ai entendue aussi ce matin même à France Inter, sous ma douche : je ne sais pas dans quel contexte, ni qui l’a prononcé, ni dans quelle émission. Mais c’est une phrase qui me va, qui me frappe parce qu’elle correspond à un ressenti personnel, sur lequel je n’avais pas mis de mots, et que je n’avais jamais analysé.
Quand j’ai adopté mes deux enfants, j’ai toujours insisté sur le fait que je ne voulais surtout pas d’enfants handicapés, ou malades, ou âgés. Je voulais que tout se passe le mieux possible, je ne cherchais pas du tout à faire une bonne action. De même je n’ai jamais supporté les gens qui regardaient mes enfants avec un air ému, disant « En voilà au moins deux qui ne seront plus malheureux ». Pourquoi ne le disaient-ils pas de mon mari et de moi-même ? Autre chose encore : je me suis souvent énervée en entendant des gens nous dire : « C’est une bien belle chose que vous faites là, de prendre ces petits ! »
Mais non, ce n’est pas une belle chose. Mais non, nous n’avons pas bon cœur. Mais non, nous n’avons pas cherché à sauver des enfants de la mort ou de la faim. Nous avons simplement voulu des enfants. Egoïstement. Comme tous ceux qui veulent des enfants. Sauf que nous, nous n’avons pas pu les faire nous-mêmes, et nous en avons adoptés des déjà faits, qui avaient besoin de parents comme nous avions besoin d’enfants. C’est avant tout pour nous, pour nous faire plaisir, que nous avons adopté nos deux enfants. Ayant fait très tôt le deuil d’enfants biologiques, ces adoptions ont été rapidement une évidence pour nous, c’était notre façon d’avoir des enfants. On est bien loin de l’action humanitaire. Bien sûr, il se trouve que des enfants adoptables, il y en a surtout dans les pays pauvres. C’est donc là qu’il faut aller les chercher. Sans doute nos enfants auraient mal vécu sans l’adoption, seraient morts peut-être. On n’en sait rien, puisque nous avons changé leur destin.
Mais l’adoption ne fait en aucun cas partie des solutions d’aide à ces pays. L’adoption est un accident, un pis-aller, une solution très passagère. Nous n’avons jamais eu l’impression d’arriver en sauveurs dans les deux pays où nous avons adopté. Au contraire, nous avons toujours eu l’impression que ces pays nous donnaient ces enfants à contrecœur, parce qu’ils n’avaient pas le choix.
C’est sans doute pour cela que les associations d’adoption ont en parallèle une vocation humanitaire et font sur place des actions qui devraient permettre un jour que les enfants puissent rester dans leur pays. Et c’est une contradiction terrible pour ces associations : elles cherchent à aider de futurs parents adoptifs à avoir un enfant tout en faisant leur maximum pour qu’il n’y ait plus d’enfants à adopter.
Mohamed Al-Haddad dit aussi dans son article : « Alors, on interdit l’immigration aux pauvres, mais on l’autorise à leurs enfants ? ». Il dit aussi : « Il existe souvent d’autres solutions [que l’adoption] pour aider les enfants sur place. Le travail humanitaire doit être un sacrifice, l’adoption n’en est pas un : elle correspond à la volonté de satisfaire un besoin. »
J’irais même plus loin : une adoption qui se ferait dans le seul but humanitaire est vouée à l’échec : s’il n’y a pas dans la démarche des futurs parents l’idée égoïste de se faire plaisir avant tout, la famille ne peut fonctionner. Souhaitons que ce soit l’un des critères des nombreux psy- chargés de trier les candidats à l’adoption.
18:05 Publié dans Actu | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
