25 octobre 2007

Ecrire la nuit

Comme le dit si bien Jacotte, la nuit des insomniaques fut belle. Et maintenant nous lisons les nouvelles des autres et leur attribuons des points.
Moi j'ai écrit ça, vite, très vite, trop vite peut-être, j'avais fini vers 3 heures, j'aurais pu profiter des 4 heures restantes pour peaufiner...


Toc-toc
- Eh, Tacha, plus que trois jours !
- Je sais, Nico, mais tais-toi. J’aime pas comme tu fais. C’est pas parce que tu en parles que ça va arriver plus vite.
Ils avaient beau être jumeaux, ils n’avaient pas la même façon d’appréhender les plaisirs. Elle attendait en savourant, en silence, toute intérieure ; lui, voulait en parler du matin au soir. Mais ils étaient aussi heureux l’un que l’autre de partir pour deux mois chez Irèna. Là-bas, ils pourraient oublier les cernes de leur mère, la cravate de leur père, ses colères, ses absences. Et savourer la liberté.
La voiture paternelle les cracha devant le portail ; il salua sa belle-mère, sortit les sacs du coffre, embrassa ses enfants, leur donna de l’argent de poche, quelques recommandations, et redémarra très vite. Les jumeaux se regardèrent, poussèrent un soupire, et rentrèrent dans la maison.
- Mes pauvres enfants, j’avais oublié que vous arriviez aujourd’hui. Je n’ai rien de prêt.
- Ne t’en fais, Mamou, on se débrouillera bien, hein, Nico ?
- Ouais, ouais, on se débrouillera.
Et tout en parlant, derrière le dos de sa grand-mère, il se frappa le front de son index, en mimant avec sa bouche les mots « toc-toc ». Natacha lui fit une grimace. Bien sûr qu’elle n’avait pas toute sa tête, la grand-mère, elle avait oublié la date de leur arrivée ; mais à son âge elle avait des excuses. Et puis c’était leur grand-mère, quand même.
Ils mangèrent au hasard ce qu’ils trouvèrent - fruits, jambon, moutarde, confiture, biscuits – et montèrent se coucher. Natacha fit son lit, rangea ses habits, retrouva ses anciennes poupées. Nicolas entra pour le bonsoir quotidien à sa jumelle. Il vit qu’elle avait ressorti ses Barbies - Ils font les mêmes pour les hommes ? - jeta un œil amusé sur les draps bien bordés – T’es bien rangée, dis donc ! - fit claquer une bise sur la joue de sa sœur – N’nuit, Tache - rentra dans sa chambre et s’installa sur le matelas, repoussant les draps que sa grand-mère avait extraits de l’armoire.
A une heure du matin Irèna fit irruption dans la chambre de Natacha. Elle sentit qu’on la secouait, qu’on criait. Malgré son envie de rester endormie, elle ouvrit un œil.
- Natouchka, réveille-toi, il y a un bruit.
- Qu’est-ce qu’il y a ? Quel bruit ?
- Un bruit. Il n’y est pas d’habitude. Je ne sais pas ce que c’est. Il revient sans arrêt.
- Oh, Mamou, c’est rien, laisse-moi dormir. On verra demain.
- Non, maintenant, on va aller voir toutes les deux.
- Mais allez voir où, toutes les deux ?
- Je ne sais pas, en bas, dehors.
En passant devant la porte entre baillée de la chambre de Nico, Natacha vit qu’il n’y était plus. Pas difficile de comprendre que le bruit, c’était lui. Mais elle se garda bien d’en parler à sa grand-mère. Ce n’était pas un mauvais numéro, ce frère. Mais il pouvait faire peur.
Elles cherchèrent quelque temps, d’abord à l’étage, puis en bas. Le bruit, Natacha l’entendait, régulier mais lointain, diffus. Impossible de se rendre compte d’où il provenait exactement.
- Allez, Mamou, on va se coucher. On saura demain ce que c’est.
- D’accord, Natacha, on verra demain. Mais je préfèrerais que tu dormes dans ma chambre. On ne sait jamais.
Tout en se demandant ce qu’on ne savait jamais, Natacha s’installa sur le petit divan, dans l’alcôve de la grande chambre. La nuit suivante, le bruit ne revint pas mais quand elles montèrent se coucher, Irèna exigea la présence de sa petite-fille.
- Tu ne le diras pas à tes parents, hein ? Sinon ils vont encore me parler de l’éducation à donner aux enfants.
- Non, Mamou, je ne dirai rien ; ça sera notre secret de la nuit à toutes les deux.
Sans la disparition de Nicolas, Natacha n’aurait pas accepté de dormir ainsi toutes les nuits à côté de la grand-mère ronflante et bredouillante. Mais il n’avait pas réapparu depuis le premier soir, et Natacha se sentait seule. La grand-mère n’était pas étonnée de son absence pendant ces premières journées de vacances, habituée à ce qu’il disparaisse chez son copain Lucien et ne donne plus signe de vie avant plusieurs jours. Natacha, elle, savait qu’il n’aurait jamais manqué de venir lui faire le baiser du soir. Même s’il était occupé avec Lucien, il ne manquait pas ce rendez-vous. Alors pourquoi avait-il ainsi disparu ? A qui en voulait-il ?
Les journées passaient doucement ; elles allaient faire les courses, passaient par la rivière où Natacha pouvait nager avec ardeur ; elles rentraient à la maison, papotaient, regardaient la télévision. Les nuits, par contre, étaient interminables : Natacha ne pouvait dormir, se tournait, pensait, finissait par s’asseoir sur son lit, attendant le bonsoir de son frère. Ce fut la troisième nuit qu’elle se décida à se lever. Dans un demi- sommeil, elle descendit les étages, sortit par la porte donnant sur le jardin, et se dirigea vers la cabane à outils dont le toit luisait sous la lune. Elle avait besoin de son baiser du soir, elle avait besoin de son jumeau, et ses pas la portaient là, devant la porte en planches. Elle tourna la poignée, entra. Elle heurta quelque chose, au sol. La clarté blanche lui montra le visage de Nicolas, yeux fermés, immobile. Elle s’effondra sur lui, il respirait. Le téléphone, la grand-mère à réveiller, les pompiers, le gyrophare bleu dans la nuit, l’hôpital, les urgences, l’attente au côté d’Irèna en chemise de nuit, et enfin l’interne : « Vous pouvez aller le voir ».
Ce n’est que le lendemain soir, quand elles revinrent le voir, qu’il put expliquer :
- Trois jours que j’étais là-dedans, à pisser le sang : un coup de hache dans la main dès mon premier essai. La première nuit j’ai cogné contre la porte pour vous appeler. Après, je n’avais plus la force. Pourtant, je l’avais dit à Mamou, que je redescendais couper du bois, pour faire une flambée au petit déj’. Elle ne s’en est même pas rappelée, elle est gâteuse, je te dis !
- Gâteuse ? Essaie toujours de faire « toc-toc » derrière son dos : avec ton index coupé, ça va être dur maintenant …

Commentaires

Personnages très sympas, Nicolas nous échappe un peu. Il me semble que sa disparition aurait pu être plus mise en avant. Mais ça fonctionne, on a envie d'avoir le fin mot.

Ecrit par : Jacotte | 26 octobre 2007

Merci de passer par là, Jacotte. J'ai écrit sans réfléchir et sans même savoir où j'allais, ceci explique cela. C'est l'expression imposée "mauvais numéro" qui m'a créé Nicolas, et par opposition la jumelle sage. Et je m'aperçois que ce sont -presque -mes enfants à moi ! Et que le plus sage n'est pas celui qu'on croit !

Ecrit par : clairon | 27 octobre 2007

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