20 juin 2006

fin obligatoire

Voici mon dernier envoi à Coïtus Impromptus :

Ils avaient construit un immense immeuble, le plus grand de la terre. Et ils en étaient très fiers. Les journalistes convoqués le jour de l’inauguration furent dithyrambiques, mais ne purent le décrire ; les photographes furent enthousiastes mais ne purent le photographier : sa taille dépassait le cadre de leur appareil photo et de leur imagination.
Puis les habitants s’installèrent, l’immeuble se remplit peu à peu de tous ces gens avides d’habiter le plus grand édifice du monde. Et on les oublia.
Mais un jour tous les architectes de l’immeuble eurent besoin de se faire mousser. Ils se dirent qu’il fallait mener une enquête de satisfaction. Ils convoquèrent donc tous les habitants, mais en trois séances car il n’y avait pas de salle de réception assez grande pour les contenir tous.
Le premier groupe se plaignit qu’il faisait trop chaud dans l’immeuble ; que les plantes qu’ils installaient mouraient très vite, complètement grillées et déshydratées ; que la peinture des murs était éblouissante, insupportable, et qu’ils avaient des migraines terribles.
Le deuxième groupe se plaignit de l’humidité qui régnait dans la construction ; il y faisait toujours sombre, il n’y avait pas de points d’éclairage en nombre suffisant ; ils entendaient les bruits de la rue ; bref, ils étaient très mécontents.
Le troisième groupe était souriant et détendu. Ils se félicitèrent de l’atmosphère légère et douce qui régnait dans leur résidence, de la lumière comme tamisée qui les éclairait, de la température tout à fait bien réglée qui y était diffusée, du bruit feutré qui les environnait. Ils étaient heureux.
Les concepteurs de l’immeuble étaient stupéfaits : comment une telle discordance pouvait-elle régner entre les habitants d’un même immeuble ? Ils interrogèrent les entreprises qui avaient travaillé au chauffage, à l’électricité, aux peintures : les mêmes normes avaient été appliquées à tous les appartements. Ils étaient très ennuyés, ils ne comprenaient pas.
Ils étudièrent alors de plus près les trois groupes qu’ils avaient convoqués : leur profession, la taille de la famille, leur caractère, leur mode de vie, l’origine de leurs ancêtres, leur taille et leur pointure, la couleur de leur peau, leur parfum préféré, leur position préférée en amour. Rien de décisif.
Le dernier critère qu’ils firent apparaître sur leur ordinateur fut leur adresse. Ils découvrirent qu’ils avaient convoqué les résidents par groupes d’étages : le premier groupe vivait tout en haut, dans la partie supérieure de l’immense immeuble. Le deuxième habitait les premiers étages, en bas. Et le troisième groupe habitait dans la partie centrale de l’immeuble, ils étaient juste dans les nuages.

Commentaires

Super !

Ecrit par : Jacotte | 20 juin 2006

Moi aussi j'ai beaucoup aimé, même si il y a un petit peu trop de mots pour moi. J'ai surtout trouvé que c'était une des réponses les plus originales au sujet proposé par Coitus
MF

Ecrit par : Sardine | 21 juin 2006

Un petit peu trop de mots, Sardine ? Au prochain texte j'y penserai, promis, j'élaguerai. Et merci pour le compliment !

Ecrit par : clairon | 22 juin 2006

Salieri trouvait aussi trop de notes chez Mozart...

Ecrit par : Jacotte | 22 juin 2006

Mozart ? P'tain, tu y vas fort, Jacotte.

Ecrit par : clairon | 22 juin 2006

Je perds parfois tout sens de la mesure... pff !

Ecrit par : Jacotte | 22 juin 2006

j'ouvre à l'instant ton blog;je suis ébahi mais un peu décontenancé. Quelle aubaine pour un presque grabataire !! Mais on m'écoute ..n'est-il pas ? Donc ton zinzin trahit toute confidentialité.. Bigre, chère cousine . A d' taleur

Ecrit par : Pierre Fourmentraux | 24 juin 2006

PF : mais je vous connais ! Vous voilà donc vous promenant sur les blogs, à votre âge. Mais le mien est tout à fait honnorable, il n'a rien de compromettant. Vous pourrez même laisser votre avis éclairé sur les textes que j'y dépose, cela me fera le plus grand plaisir. A bientôt donc, Pierrot.

Ecrit par : clairon | 24 juin 2006

Ah bon, plus d'homme à la minerve ?

Ecrit par : Jacotte | 25 juin 2006

Comment ça plus d'homme à la minerve ? il est toujours là, à me confondre avec une autre.

Ecrit par : clairon | 25 juin 2006

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