05 mai 2006
Mon amie Belle
J'ai une amie que je ne vois pas souvent car nous n'habitons plus la même région. Nous nous connaissons depuis à peu près 30 ans.
En 2005, Belle a été frappée d'une étrange maladie. Elle s'est peu à peu paralysée, en deux jours elle s'est retrouvée en service intensif de réanimation, allongée immobile et sous respirateur, incapable de communiquer, de bouger ; elle pouvait seulement entendre. Cet état a duré de février à mai, date à laquelle elle a pu respirer à nouveau. Elle a quitté la réa pour un centre de rééducatin. Il lui a fallu réapprendre à bouger les doigts, les bras, à marcher, à vivre.
Elle vient de passer quelques jours chez moi. Elle est gaie, optimiste, vivante, attentive aux autres. Elle s'est débarrassée de tout ce qui est inutile dans la vie. Elle vit.
Eh bien hier elle a monté la Sûre, sommet de Chartreuse à près de 2000 mètres. Cela n'a l'air de rien mais c'est une victoire énorme. Nous avons bu le champagne en rentrant. Et merde à Guilain et Barré, et leur syndrôme...
20:45 Publié dans Ami | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note


Commentaires
L'envie de vivre est si forte!
Ecrit par : Aude | 05 mai 2006
C'est vrai, d'autant plus forte qu'on en a été privée un moment. Mais cela apprend aussi qu'il n'y a pas de temps à perdre ! Il faut se faire du bien.
Ecrit par : clairon | 05 mai 2006
Salut
Ma soeur a été paralysée pendant trois jours après une opération ct l'enfer. On a bien cru qu'elle allait y passer.Elle s'en est remis,mais ça fait réfléchir tout ça.
Ecrit par : Amaryllis | 06 mai 2006
Se faire du bien et en faire, ben oui, le temps qu'onh a, le temps qu'on peut...
Bises à toi, c'est joli tout ce que tu écris...
Ecrit par : Virginie | 19 mai 2006
Cela faisait plusieurs années que nous la connaissions, elle et d'autres membres de sa famille. Puis elle nous avait invités à son mariage. Elle semblait tellement heureuse ce jour-là. On sentait que c'était un moment important de son existence, un point culminant dans sa vie — cette vie dont il lui restait pourtant presque tout à vivre.
Ils s'étaient installés en ménage chez sa belle-famille à elle, parce qu'ils n'avaient pas les moyens de se loger eux-mêmes. Elle avait arrangé leur chambre du mieux qu'elle avait pu, avec les quelques meubles qu'ils avaient réussi à s'offrir en s'endettant.
Six mois plus tard, du jour au lendemain, il ne pouvait pratiquement plus marcher. Transporté à l'hôpital, personne n'a su diagnostiquer ce qu'il pouvait avoir. Et puis, il est de notoriété publique qu'il ne faut pas attendre grand chose de l'hôpital public dans ce pays bancal. Sauf si on paye un bakchich, ou si on va voir le médecin soignant lors de consultations privées.
Au bout de quelques jours une personne l'avait emmené consulter un médecin dans une clinique privée. (Ou elle avait téléphoné au médecin en décrivant les symptômes, je ne sais plus.) Ce médecin avait évoqué deux possibilités : une dont je ne me souviens plus très bien — peut-être des calculs rénaux — et une autre, qui portait un nom bizarre, dont je me souviens très bien : syndrome de Guillain-Barré.
Le désespoir qu'éprouvait la jeune femme en voyant son mari dans un tel état avait quelque chose de perturbant. Ceux à qui rien de grave n'était arrivé finissaient par en éprouver de la gêne. Pour essayer de la rassurer un peu, j'avais fait quelques recherches sur internet et je lui avais passé quelques pages sur lesquelles était imprimées des phrases disant qu'il n'y avait pas de traitement spécifique mais que dans 95% des cas — c'est le chiffre que je garde encore en tête — les gens s'en remettaient. Lentement parfois, en gardant des séquelles pendant plusieurs mois, voire davantage, mais il semblait que les choses finissaient la plupart du temps par rentrer d'elles-mêmes dans l'ordre, ou presque.
Quand il est mort, le ciel a littéralement dû lui tomber sur la tête. Malgré le soutien familial, elle a dû vivre des moments extrêmement pénibles. Tous ces souvenirs, tous ces objets rappelant sans cesse celui qu'on ne peut plus toucher...
Mais le temps peut aussi être une grande source d'apaisement. Elle a fini par partir pour un pays du Nord, où elle a épousé un correspondant qu'elle n'avait jamais rencontré. Elle n'oubliera sûrement jamais celui avec qui elle aura vécu si peu de temps, celui qu'elle regrettera peut-être toujours. Mais peut-être sera-t-elle heureuse malgré tout.
Ecrit par : Siganus | 22 septembre 2006
Merci pour votre récit, Siganus. Mais quel est ce "pays bancal" dont vous parlez ? Mon amie Belle m'a dit après coup que la seule chose qui marchait encore chez elle et ne s'est pas paralysé, c'est son coeur. Elle ne serait plus là.
Ecrit par : clairon | 22 septembre 2006
Il me semble que le cœur n'est pas innervé de la même manière que les muscles que l'on peut commander à volonté — il y aurait des "striés" et des "lisses", et dans le cas du syndrome en question le système immunitaire ne s'attaquerait pas de la même manière à la gaine des nerfs selon qu'il s'agit d'un type ou d'un autre.
Le pays bancal dont je parlais est celui qui m'a vu naître, qui m'a vu grandir et dans lequel je me trouve toujours. Ça se distingue à peine sur une carte du monde, mais il peut abriter beaucoup de frustrations. Les idées y entrent une goutte par siècle disait avec raison ce vieux piqué de Malcolm, et on y vit la tête à l'envers.
A l'envers peut-être, mais on y vit quand même, cahin-caha. Et même, quand on a fini d'enterrer un jeune homme dont l'heure n'était en principe pas venue et que sur sa peau on sent le soleil et le vent, on peut se dire qu'il fait malgré tout bon de vivre, ici ou là.
Ecrit par : Siganus | 22 septembre 2006
Siganus, dans ce pays vivent des gens comme vous qui en parlent si bien. Il doit quand même donner envie de vivre. Je crois savoir où il se trouve, si j'en crois les dits de LSP. J'irai bien le voir !
Ecrit par : clairon | 30 septembre 2006
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